À quoi ça sert l’ostéopathie ? 

À quoi ça sert l’ostéopathie ? 

Deuxième partie : Méthodes et indications

 

Introduction

Les manipulations, essentiellement de la colonne vertébrale, restent la méthode la plus utilisée en ostéopathie. Elles diffèrent de celles de la chiropratique par le fait que le praticien utilise son corps pour manipuler et non pas des tables spéciales. L'ostéopathie fonctionnelle ainsi que la tissulaire peuvent précéder ou faire suite aux manipulations. Ces méthodes s'adressent à la plainte du patient mais la recherche et le traitement de la cause initiale doit rester une priorité.   

 

Méthodes

L'ostéopathe, qu'il soit médecin ou non, dispose de différentes modalités pour soulager son patient. Rappelons que l'ostéopathie s'adresse uniquement à la pathologie fonctionnelle et n'a nulle prétention à guérir les maladies. Les différentes techniques sont complémentaires et leur catégorisation révèlent surtout les différents courants et écoles.

L'ostéopathie structurelle : Pour le professeur Robert Maigne, la manipulation est une mobilisation passive forcée qui tend à porter les éléments constitutifs d'un ou plusieurs joints intervertébraux voisins au delà de leur jeu habituel normal et ce, jusqu'à la limite de leur jeu anatomique possible. Il s'agit de libérer les tensions installées au sein des moyens d'union d'une articulation et lui redonner ainsi, le relâchement physiologique nécessaire à une mobilité normale et indolore. La manipulation demande une grande énergie sur une faible amplitude. Elle s'accompagne souvent d'un craquement qui correspond à l'éclatement de la  bulle gazeuse qui se forme lors de la décoaptation de l'articulation. Il ne signifie d'aucune manière la réussite de l'acte. Il existent plusieurs techniques de manipulations (qui portent le nom de leur inventeur) pratiquées dans différentes positions du corps, debout, couché sur le dos ou sur le coté. La meilleure technique reste celle qu'on maitrise le mieux en respectant l'adage " surtout ne pas nuire ". La SOFMMOO (Société française de médecine manuelle orthopédique et ostéopathique) a proposé les règles de bonnes pratiques des manipulations, cervicales en particulier. Le patient est prévenu de la possibilité de courbatures qui surviennent les deux ou trois jours suivants. Généralement deux ou trois séances sont nécessaires, espacées de deux ou trois semaines. Sont apparentées au structurel les mobilisations qui utilisent peu d'énergie mais de larges amplitudes.

L'ostéopathie fonctionnelle :

Je regroupe volontairement toutes les autres techniques dans ce chapitre, à part le crânien ou le tissulaire. Il s'agit du myotensif, du raccourcissement myofascial (ou strain counterstrain), que nous développons plus loin, du viscéral, la fascia thérapie... On peut rapprocher de l'ostéopathie d'autres techniques comme les chaines musculaires de Godelieve Denys-Struyf, la méthode de McKenzie, celle de Jean Moneyron, celle de Travell et Simons, la méthode Mézières ... Ces listes ne pas exhaustives.

La technique du myotensif ou technique d'énergie musculaire (Muscle Energy Technique) a été décrit par Fred Mitchell, médecin ostéopathe américain, dans les années 70. Son but est de redonner la souplesse à un muscle contracturé. Le praticien positionne l'articulation de façon à mettre ce muscle en tension modérée jusqu'à la sensation d'une barrière motrice. Le patient exerce ensuite une contraction modérée isométrique (sans varier la longueur) contre la main du praticien pendant cinq secondes puis relâche cette pression. Le praticien accompagne ce relâchement jusqu'à atteindre une nouvelle barrière motrice. La manœuvre est renouvelée trois ou quatre fois. Le mode d'action est très complexe et souvent sous forme d'hypothèses.

Le strain counterstrain (ou relâchement myofascial) est une technique décrite par L H. Jones, médecin ostéopathe américain, en 1955 et publiée en 1981. Cette technique est basée sur le principe que la douleur d'une articulation et des éléments musculo-ligamenteux qui l'entourent, dépend de la position de celle-ci. A l'inverse de la précédente, cette méthode cherche à raccourcir les moyens d'union de l'articulation, essentiellement les muscles. Ce raccourcissement vise à réinitialiser le fuseau neuromusculaire en dysfonction. Tout muscle qui est étiré brutalement réagit en se raccourcissant. Parfois il retrouve sa souplesse spontanément, parfois il reste raccourci et douloureux en comprimant les structures sous-jacentes. Le fait de le raccourcir au maximum, c'est à dire exagérer sa dysfonction, lui permet de " repartir de zéro " avec un tonus physiologique. Le praticien repère la zone ou le point le plus douloureux, appelé tender point ou point gâchette, puis mobilise l'articulation jusqu'à trouver la position où la douleur disparait et la maintient quatre-vingt-dix secondes. L'auteur a établi une cartographie de tous les points gâchettes. Le patient participe à cette technique par sa complète passivité. Le résultat est souvent impressionnant. La douleur diminue beaucoup, la mobilité est retrouvée avec la disparition d'éventuelle névralgie. Cette technique peut être réalisée toute seule ou en association avec d'autres méthodes. En tout cas elle doit être exécutée en dernier.

L'ostéopathie tissulaire ou cranio-sacrée ou énergétique :

 Plusieurs dénominations pour une méthode involontaire par le manque d'action physique du praticien. Le praticien " écoute " à travers ses mains les perturbations tissulaires de son patient. Plusieurs sommités de la médecine s'opposent à l'ésotérisme de cette ostéopathie. C'est surtout William Gardner Sutherland qui a posé les fondements de l'ostéopathie crânienne en se basant sur l'existence de motilité des os du crane (Le Larousse définit la motilité comme l'aptitude à effectuer des mouvements spontanés ou réactionnels, constituant l'un des caractères du vivant à toutes les échelles d'observation). Il justifie sa théorie par l'anatomie des sutures du crâne. Il a décrit également le mécanisme respiratoire primaire (MPR) dont les membranes de tension et le liquide céphalo-rachidien jouent un rôle primordial. L'un de ses célèbres élèves, Rollin Becker, a étendu cette notion à tous les tissus. " Seuls les tissus savent " insistait-il. En France Pierre Tricot a ajouté la notion de présence, d'attention et d'intention. Jean Pierre Barral a appliqué ces notions au niveau viscéral. Généralement, les mains sont placées sous le sacrum et/ou sous la tête. Rappelez-vous, c'est de là qu'est logé le système parasympathique, celui qui calme toutes les fonctions. Personnellement, j'utilise l'ostéopathie tissulaire et le crânien sans aucune restriction ni aucun préjugé. C'est empirique, c'est ésotérique, c'est même du charlatanisme pour certains mais " ça marche " et je ne prive pas mes patients de cette aide pour la seule raison que ce n'est pas du Evidence-based Medicine (la médecine par la preuve).

Les auto-étirements doivent être prescrits aux patients. La libération des tensions musculo-ligamentaires ainsi que la liberté du jeu articulaire, obtenues par les différentes méthodes ostéopathiques, ne peuvent perdurer que si le patient poursuit les étirements des structures en question. Ces étirements doivent être quotidiens au début puis hebdomadaires par la suite. Ils doivent  respecter les règles de base : réguliers, jamais à froid et sans douleur. Le patient comprend très bien que la cause de ses douleurs, de ses raideurs ainsi que de leurs conséquences, à savoir arthrose et tendinopathies, reste l'anomalie posturale. De ce fait, en plus des étirements, les patients auront recours aux podologues, aux orthoptistes ou aux orthodontistes pour corriger le ou les éléments défaillants. Il est évident que la précocité de cette prise en charge est gage de prévention efficace.

 

Indications

Chaque praticien possède sa boite à outils. Chacun utilise ce qu'il sait faire de mieux Mais une technique reste un moyen de soulager un ou une patiente. Chaque patient est unique et en plus son état varie avec l'âge et avec son environnement. Il serait illusoire de poser des indications comme pour une maladie selon son stade d'évolution. Schématiquement, la crise douloureuse avec blocage nécessite une manipulation. Le jeune agriculteur qui se bloque les lombaires en descendant du tracteur bénéficiera du structurel. À la personne âgée, arthrosique, ostéoporotique, lombalgique chronique, on proposera du fonctionnel. Mais la plupart des patients ont besoin, à un moment ou un autre, autant du structurel que du fonctionnel ou du tissulaire.  Autrement dit, l'ostéopathe est sensé maitriser toutes les techniques sinon avoir l'humilité et la sagesse de confier aux collègues. En tout cas, la prise en charge de la globalité doit être presque une obsession.

 

Je rapporte un exemple édifiant d'un jeune de 18 ans se plaignant de lombalgies de plus en plus handicapantes. Il mesure un mètre soixante dix centimètre et pèse soixante dix kilogrammes. Il n'a aucun antécédent médical particulier mais il est de nature anxieuse précise sa mère. " Il suffit de voir ses ongles " insiste-elle. Effectivement ! C'est l'année du baccalauréat et on est au mois de mars. Le garçon marche penché en avant. " On n'arrête pas de lui répéter  de se redresser et de mieux se tenir, même quand il est assis ! ". Je remarque que les baskets ne sont pas lacées en même temps que son pied droit tourne vers l'extérieur beaucoup plus que le gauche. Le genou gauche est légèrement plié, l'épaule du même coté est un peu plus basse. Maxime F. me précise que ses lombalgies sont maximales le matin en sortant du lit et en se levant de sa chaise après une position assise prolongée. Il ajoute qu'en marchant il sent moins son dos. Depuis quelques mois, des migraines accompagnent ses lombalgies. " Toute la tête ? " je lui demande, " Non, c'est surtout à droite. " C'est à cause de l'ordinateur " remarque la mère. Cette séquence a duré quatre minutes. Je lui demande de s'allonger sur le dos. Au bout de dix secondes il plie ses genoux. " C'est à cause de ma cambrure " me répond-il à la question "bPourquoi faites-vous ça ". Nadia, sa mère, me regarde surprise " Ne me dites pas que c'est à cause de ses psoas ? " " À son âge ? " C'est bien les psoas qui sont responsables de l'attitude et des douleurs de Maxime. Surtout le droit. À ma demande, il allonge de nouveau ses jambes. Je lui fait remarqué que son pied droit tourne plus vers l'extérieur et que sa tête est plus penché en arrière et que le bas du dos ne touche plus la table. Il acquiesce. Je lui pince la peau à l'intérieur de la cuisse, il n'apprécie pas du tout alors qu'à gauche c'est à peine sensible. Je remarque qu'il commence à se demander qu'est ce qui lui arrive. Je lui explique.

Les muscles psoas commencent au niveau de la douzième vertèbre dorsale, ils sont attachés sur les quatre premières vertèbres lombaires et finissent sur l'extrémité supérieure du fémur. Je lui montre le schéma sur mon deuxième livre sur l'ostéopathie. C'est avec ces muscles qu'on marche, ils soulèvent les cuisses. Dès qu'ils perdent leur souplesse, ils ont tendance nous faire pencher en avant en position statique. Ils nous obligent à les raccourcir pour dormir et c'est pour ça que vous dormez sur le coté gauche (le moins " serré "). Par contre, en marchant ils sont détendus car actifs et chauds. "Pourquoi ils perdent leur souplesse ? Je fais pourtant beaucoup de sport ".  Je lui demande alors de calculer combien de temps ces muscles sont raccourcis (en position assise, en piétinant, en dormant sur le coté) par rapport au temps qu'ils sont allongés (en marchant, en étant en position de garde à vous ou couché les jambes allongés) Effectivement, les psoas sont en position de raccourcissement beaucoup plus longtemps. Pour bien argumenter mon explication, je lui demande d'imaginer que le lui mette une attelle derrière le coude pendant deux mois, empêchant l'extension complète du bras et quelle sera la conséquence sur le biceps ? Il me répond  sans aucune hésitation " Il raccourci ! "

À partir de cette constatation, que je confirme avec des tests, tous les autres symptômes trouvent leur explication. Je résume. La nuit on est tranquille car ces muscles sont raccourcis. Dès qu'on sort du lit, ils nous empêchent de se redresser car tendus et douloureux. Après quelques pas et la douche, ils se relâchent progressivement, deviennent moins douloureux mais assez tendus pour nous faire pencher en avant mais on ne s'en rend pas compte. Or, le rôle primordial de la posture est l'horizontalité du regard. Les muscles qui nous redressent sont les extenseurs du rachis, situés derrière les vertèbres. Ils commencent à la base du crâne et finissent sur le sacrum. À la longue, leur tension excessive entraine différentes névralgies (dont celle d'Arnold, assimilée à une migraine) et de l'arthrose. C'est la conséquence en amont. En aval, la tension excessive des psoas fait basculer le bassin en avant et ce sont les muscles piriformes qui le redressent. Le rôle de ces muscles, sous les quels passent le nerf sciatique, est de tourner la jambe à l'extérieur. D'où la position du pied droit. À la longue, leur tensions excessives provoque sciatalgies et arthrose de la hanche.

 

J'ai appliqué le myotensif pour les psoas et les piriformes, le strain counterstrain pour les extenseur du rachis au niveau cervical. En se levant, il se sent très soulagé et souple mais il décrit en marchant une douleur bien précise en regard de l'articulation sacro-iliaque droite. Les tests confirment son blocage. J'exerce une manipulation sur cette articulation avec la technique habituelle, patient couché sur le coté gauche. J'ai agit cinq minutes, j'ai expliqué dix minutes. Je lui ai montré comment et quand étirer ses muscles. Il me pose alors la question suivante " pour combien de temps ? ", " pour toujours, jeune homme ! ". J'ai mis Maxime devant ses responsabilités pour éviter d'arriver à l'état dans le quel est sa maman depuis quelques années. Il me reste encore un quart d'heure (sur les quarante minutes que dure la séance), je les consacre à lui  faire du crânien pour espérer diminuer son anxiété. 

Voilà. Mais tout ce que j'avance est sujet à critiques, positives ou négatives et ne demande qu'à être amélioré.

 

Conclusion

La pathologie fonctionnelle existe bel et bien. Elle n'est pas enseignée aux médecins et ne se détecte sur aucun examen. Seule la clinique la diagnostique : poser les bonnes questions, écouter les réponses et toucher. D'ailleurs on ne leur demande pas de pratiquer l'ostéopathie mais, au moins faire un diagnostic ostéopathique, devant la non réponse à leurs traitements et la négativité des examens qu'ils demandent, pour une douleur qui perdure. Prenant en charge le patient, l'ostéopathe, médecin ou non, ne se permet pas l'exclusivité du traitement si une correction posturale est nécessaire. À moins qu'il en possède les compétences. Mais une personne n'est pas que muscles, tensions ou équilibre postural, elle est aussi mental et émotions. C'est pourquoi que j'essaie d'élargir mes compétences à la médecine intégrative et il n'y a pas de meilleur endroit que le l'IFPPC (Institut Français des Pratiques Psycho-Corporelles), à Paris, dirigé par la psychologue et enseignante universitaire Isabelle Celestin-Lhopitaux. J'espère, dans ce centre, évoluer de la globalité du corps à la globalité de l'Etre.

 

Bibliographie

Célestin-Lhopiteau I., Soigner par les Pratiques Psycho-Corporelles - Pour une stratégie intégrative, édition Dunod, 2015.

Debroux J.-J., Relâchement myofascial spontané et tender points, édition Olivier,2005.

Feely R.A., Clinique ostéopathique dans le champ crânien. Les grands textes fondateurs (B.E. Arbuckle, R.E. Becker, V.M. Frymann, E.M. Lay, H.I. Magoun, H.C. Miller, F.L. Mitchell, E.W. Retzlaff, J.E. Upledger, A.L. Wales), édition Frison-Roche, 2000.

Mach-houty A., L'ostéopathie, preuves à l'appui, préface du docteur J.-Y. Maigne, édition Frison-Roche, 2014.

Maigne R., Douleurs d'origine vertébrale : comprendre, diagnostiquer et traiter, édition Elsevier Masson, 2009.

Wurtz A., "Evidence Based Osteopathy", Bulletin d'Ostéo de France, n° 35, août 2008