La phytothérapie

La phytothérapie consiste à utiliser les plantes médicinales à visée thérapeutique. Il s’agit d’une médecine traditionnelle reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé. Jusqu’à la fin du XIXème siècle les plantes constituaient les seules moyens thérapeutiques dont disposaient les médecins. Les découvertes des propriétés des plantes étaient totalement empiriques basées sur l’observation et la transmission des connaissances d’une génération à l’autre.

 

Avec le développement des sciences et notamment de la chimie, les chercheurs se sont intéressés à la composition chimique des plantes médicinales afin d’en extraire les principes actifs. Ceci a donné l’essor de la pharmacologie qui a cherché à isoler la substance active, puis à en obtenir la synthèse. 

 

Parmi les exemples connus on peut citer la digitaline, stimulant cardiaque pouvant être un toxique à fortes doses, obtenu à partir de la Digitale pourpre. Les extraits alcooliques de l’opium ont été utilisés pour traiter les douleurs ou la diarrhée, mais étaient hautement addictifs. La colchicine extraite de la colchique était utilisée depuis des siècles pour traiter les crises de goutte, mais en fonction de la dose utilisée la même plante peut être thérapeutique ou devenir un poison redoutable. 

 

Le curcuma, dont l’usage est très à la mode, peut inactiver l’action du cyclophosphamide, un médicament anticancéreux. Il peut aussi être responsable d’un surdosage lors de traitement par des anti-coagulants comme les antivitamines K et entraîner un risque hémorragique. Bien évidemment une cuillère à café de curcuma pour une préparation d’un plat de riz ne présente aucun danger. Par contre la prise de compléments alimentaires avec fort dosage en curcumine, un des principes actifs du curcuma, peut poser problème. Ainsi, utiliser le terme de « médecine douce » est totalement inapproprié pour la phytothérapie. 

 

Utiliser la phytothérapie nécessite des connaissances. En effet une plante contient en moyenne entre 10 et 30 principes actifs dont il faut connaître la nature et les propriétés. L’association de plusieurs plantes expose également au risque d'interactions entre les substances contenues. Certaines interactions sont bénéfiques et permettent d’obtenir une synergie thérapeutique. Par contres, d’autres interactions peuvent être délétères, voire toxiques et exposer à les accidents dont la gravité ne doit pas être négligée. 

 

Y-a-t-il une ou plusieurs phytothérapies?

 

La richesse de la flore et de la faune sur notre planète est extraordinaire. Sur le plan pharmacologique nos connaissances des plantes sont très variées d’une zone géographique à une autre. La flore européenne et asiatiques sont parmi les plus étudiées, par contre celle de vastes territoires africains, américains restent peu connues. Les connaissances des guérisseurs locaux résultant de générations d’observations et de traditions doivent être préservées, répertoriées et conservées car elles peuvent être à l’origine de découvertes pharmacologiques fondamentales. 

 

Des ethnobotanistes et des pharmacologues s’y intéressent mais la quantité des connaissances est faramineuse. C’est pour cela qu’il parait plus juste de parler de phytothérapies, dont chacune possède un biotope commun de plantes médicinales et dont la variabilité dépend des conditions climatiques et régionales. Un phytothérapeute doit connaître aussi bien que possible les plantes médicinales qu’il utilise, ainsi que les interactions entre les plantes et les médicaments susceptibles d’être prescrits. 

 

Comment utiliser les plantes médicinales ?

 

Les principes actifs des plantes varient selon l’état du végétal : frais, séché ou selon la partie de la plante utilisée : fleures, feuilles, sommités fleuries, racines, écorces ou la plante entière. 

Ainsi les modes d’extraction des principes actifs sont très variés. Les racines et écorces nécessitent une extraction longue comme la décoction ou la macération, alors que pour les autres parties de la plante, une infusion suffit. 

 

En pharmacie on peut trouver des extraits hydro-alcoolique de plantes sous forme de teinture officinale qui diluée correspond à une teinture mère. Leurs utilisation se fait par voie orale et permet d’avoir une stabilité satisfaisante dans le temps des principes actifs. Les extraits hydro-alcooliques peuvent subir des techniques de lyophilisation permettant d’obtenir un nébulisât, un concentré des principes actifs des plantes. Les nébulisât sont très sensibles à l’humidité et doivent en être protégés par une mise en gélules par exemple. L’achat de plantes médicinales sous forme de nébulisât est souvent signé de qualité de l’extraction des principes actifs. Par contre l’utilisation de «  totum de plante » qui résulte de la réduction en poudre de la plante entière séchée ne garantit pas la concentration des principes actifs et contient beaucoup de fibres, de cellulose végétale qui n’apportent pas de valeur thérapeutique. 

 

Comment utiliser les plantes aromatiques ?

 

Les plantes aromatiques contiennent des substances volatiles, instables comme les huiles essentielles qui nécessitent une extraction complexe par distillation des plantes fraîches. Le séchage de ce type de plantes entraîne une destruction des principes actifs aromatique. De ce faite la distillation des plantes aromatiques doit survenir le plus rapidement possible après la récolte. Ces procédés complexes expliquent le prix élevé des huiles essentielles.

 

La puissance d’action thérapeutique des huiles essentielles est remarquable mais elles peuvent avoir une toxicité gastrique ou cutanée, si elles sont utilisées pures par voie orale ou transdermique. Elles doivent toujours être mélangées à une huile neutre comme l’huile d’olive, l’huile de noyaux d’abricots ou d’amande douce. L’utilisation par voie inhalée est souvent considérée comme plus simple, mais il faut se méfier du risque de bronchospasme chez des personnes souffrant d’asthme ou autre pathologie respiratoires ou allergiques avec de possibles conséquences graves. 

 

Certaines huiles essentielles peuvent avoir des propriétés anti-bactériennes qui les rendent intéressantes dans le traitement de certaines infections. Cependant il est important de savoir prendre des précautions. Des traitements répétés ou trop prolongés peuvent être responsables de perturbations de la flore digestive, vaginale, buccale ou cutanée. Ces perturbations appelées dysbioses peuvent être responsables de pathologies ou de la survenue d’autres infections bactériennes ou mycologiques. L’équilibre des flores de l’organisme sont primordiales pour un bon fonctionnement global. Beaucoup de travaux sont menés actuellement sur le microbiote intestinal avec des perspectives thérapeutiques intéressantes. Ainsi il est important de le préserver d’un usage inconsidéré d’antibiotiques ou d’huiles essentielles, même si ces dernières entraînent pas de résistances bactériennes bien connues avec les antibiotiques. 

 

 

Comment faire soi-même des extraits simples de plantes?

 

Préparer une infusion :

Une infusion de plante peut être consommée aussitôt comme un thé ou être conservée au réfrigérateur sans dépasser 24 heures et être consommée froide. En général les feuilles, les fleures ou la plante entière fraîches ou séchées se prêtent parfaitement à la préparation d’infusions. Les plantes séchées ne doivent pas être conservées plus d’un an après récolte afin de garantir une qualité optimale en principes actifs qui se dégradent avec le temps. 

On porte à ébullition 250 ml d’eau froide et lorsque l’eau est frémissante, on coupe le feu et on plonge aussitôt 5 gr. de plantes sèches. Il faut remuer le tout, puis couvrir et laisser infuser entre 10 et 20 minutes. Plus le temps d’infusion est long, plus l’extraction des principes actifs est importante. Certaines substances amères ne sont extraites que tardivement, mais attention trop d’amertume peut rentre l’infusion imbuvable. Ensuite, il faut filtrer et boire soit sans additifs, soit ajouter du miel ou du jus de citron afin d’améliorer le goût. L’utilisation d’édulcorants est déconseillée.

 

Préparer une décoction :

À la différence de l’infusion, la décoction nécessite un temps de cuisson. Ainsi, on verse 5 à 10 gr. de plantes médicinales dans 400 ml d’eau frémissante. Il faut porter à ébullition et laisser cuire en baissant le feu 5 à 10 minutes. Ensuite il faut couper le feu, couvrir et laisser infuser 30 minutes. À ce stade on peut procéder à la filtration ou laisser refroidir complètement et filtrer ensuite.

Il convient de conserver la préparation filtrée au réfrigérateur au maximum 24 heures et boire 80 ml deux ou trois fois par jour. L’adjonction de miel et/ou du jus de citron est conseillée selon le goût. 

 

La décoction est utilisée surtout pour l’extraction des principes actifs contenus dans les fruits, racines, rhizomes et écorces séchées. 

Bibliographie

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