Les Bienfaits De l'Hypnose Aux Portes De l'Essentiel En Phase Palliative

August 30, 2017

Monique Alligné, hypnopraticienne, ex. cadre de santé, Médecine gériatrique Institut MGEN La Verrière


Les patients en phase palliative sont hospitalisés dans toutes les unités de nos structures hospitalières. Il n’en reste pas moins que le type de soins et l’éthique de prise en charge visent la même orientation que dans une unité de soins palliatifs. Les patients nous montrent que la fin de vie est une véritable étape, on ne peut plus vivante. Elle est celle de l’intime pendant laquelle tout est à l’extrême.


Qu’apporte l’hypnose lorsque ce détachement ultime est à venir, lorsque le patient s’accroche aux restes de sa vie ? Que lui reste-t-il d’essentiel à vivre ?
En phase palliative, la souffrance est globale. Quand bien même les drogues sont la plupart du temps efficaces, la souffrance du départ, de ne pas avoir dit, de ne pas avoir fait, de ne pas avoir osé être la personne que l’on souhaitait être … les fausses croyances, les conditionnements sociaux, les obstacles, et traumatismes d’une vie remontent à la surface. Les observations corporelles parlent du ressenti émotionnel du patient, ressenti difficile à exprimer par la parole. Les regrets prennent beaucoup de place. Ils ajoutent aux questionnements de fin de vie et douleurs déjà présentes, des tensions supplémentaires. Le patient se sent totalement impuissant, tout lui échappe, même sa vie.

 

Indications :
L’hypnose revêt un objectif différent en fonction de la phase palliative dans laquelle se trouve le patient, notamment au niveau émotionnel mais aussi en fonction des symptômes associés. Le patient en fin de vie peut diminuer, modifier, la perception de la douleur. Il peut modifier une sensation corporelle inconfortable, gérer une angoisse de fin de vie. L’hypnose accompagne le besoin spirituel d’une présence à soi. L’amélioration des symptômes de fin de vie est également un axe de prise en charge possible avec l’hypnose notamment sur la douleur, la dyspnée, les nausées, l’insomnie …
L’écoute du praticien en hypnose s’enrichie ici de toute sa valeur symbolique car « l’ajustement » se doit d’être encore plus subtil. « Utiliser, s’adapter, créer un changement, mettre du sens, respecter » Dr J. Becchio 


L’essentiel est ce que le patient va pouvoir percevoir en mieux dans son intime. La pratique de l’autohypnose en phase palliative est une réelle possibilité de reprendre une forme de contrôle alors que sa vie lui échappe. Il peut accéder à une sorte de liberté d’action par l’autohypnose.
Le soignant, praticien en hypnose guide le patient à créer avec le reste de sa vie un élan de paix pour lui-même.


Une étude :
L’étude de recherche « L’hypnose : une ressource en soins palliatifs ? Etude qualitative sur l’apport de l’hypnose chez des patients oncologiques » réalisée au centre hospitalier Vaudois, Lausanne Suisse, en 2012, montre qu’après « quatre séances en moyenne, les patients expriment retrouver des ressources internes inexploitées et être autonomes dans l’utilisation de cet outil. Le bénéfice majeur a été ressenti au niveau d’une diminution de l’angoisse. Pour les patients souffrants d’angoisse de mort, l’hypnose leur a permis, dans un cadre thérapeutique décrit comme sécurisant, d’explorer différentes facettes de leurs peurs et de développer des stratégies d’adaptation. » Cette étude, ayant pour objet le vécu des patients, montre pour ceux-ci « le bénéfice d’aller dans les émotions » … « Ils peuvent ainsi explorer leurs sentiments dans un contexte où ils se sentent en sécurité car accompagnés par l’hypnothérapeute. Ils disent pouvoir explorer leurs craintes, comme la peur de la mort, avec leurs propres ressources. Ils déclarent tous que ces séances leur apportent une sensation de bien-être en utilisant des mots comme « légèreté », « calme », « lâcher prise » et « paix intérieure ». Grâce à ces séances hypnotiques,
Ils racontent qu’ils redécouvrent le goût de prendre soin d’eux et, également, qu’ils modifient leur perception de leur environnement. »[1] 


Expérience clinique :


Le soignant doit composer avec ce délicat contexte pour tenter d’apporter un soulagement à cette personne en devenir d’un mourir que l’on souhaite le plus paisible qui soit.


Et c’est ainsi que la patiente que je nommerai Caroline, me demande totalement épuisée de « tout » régler en une séance d’hypnose.

« Ni avant ni après, mais juste à temps … » … « Ne plus ruminer bien sûr les griefs, les blessures, les peines immenses, même ne plus penser. Etre tout à nos sens, à ce qui est à
faire, à l’acte, au geste et plus rien qui dépasse. Seulement la courbe nécessaire, ne pas se montrer distinct, mais se fondre sans le savoir, sans avoir encore besoin de le savoir, et pourtant sans cesse rectifier le mouvement pour y connaître un oubli plus sombre qu’hier, perdu, mais sans angoisse, avec joie. » [2]
Caroline, âgée de 76 ans, atteinte d’un cancer du sein poly métastasé, présente des douleurs rebelles. Elle est extrêmement anxieuse. Elle se dit « au clair » avec sa prise en charge palliative dans notre unité de médecine.
« Je prends tout ce qui peut me faire du bien » me répond-elle suite à ma présentation. Caroline se dit, jusque-là, hyperactive, qu’elle aime profondément la vie. Elle n’a jamais connu l’ennui, si elle ne fait rien, elle « rêvasse » dans son monde. Elle peint, plutôt peinture à l’huile, contemporaine. Elle aime lire, toutes sortes de livres, adore la nature, rester devant la montagne à la contempler. Chez elle, elle aime être dans son fauteuil voltaire, ou le lit bateau qui lui sert de refuge.
Elle explique vouloir protéger sa famille et s’apprête à refuser de les voir, car elle craint de « craquer » ce dimanche me dit-elle. Son fils et son épouse, accompagnés des petits enfants de Caroline (2 et 6 ans) souhaitent en effet lui rendre visite, alors que la maladie « évolue toujours et encore » exprime-t-elle dans un sanglot.
Elle me dit sa souffrance « je suis comme dans un corset dont les lacets seraient serrés au maximum. Ce corset me coupe le corps avec des fils de fer, des fils de fer qui entrent dans ma poitrine parfois. Puis il y a les coups de poignards dans les vertèbres surtout au niveau de L5. »

Elle souhaite que « la séance d’hypnose passe tout en revue et m’aide pour tout : mon corps, ma douleur, mon anxiété, mon appréhension de dimanche et ma mort … j’ai besoin de douceur. »
L’ensemble du corps sera visité en body scan, car la souffrance du corps a parlé. « Le corps ne se contente pas d’être une enveloppe, un contenant … il est aussi doté d’un pouvoir de parole. Non pas cette parole vocale que nous émettons dans le cri ou le discours. Il est le lieu d’expression des non-dits, des inconcevables, des irrecevables. Il est le relais des mots, des maux. » [3]

 

La première étape de la séance a permis grâce à la respiration guidée en profondeur un premier contact avec la vie encore là, et avec son corps. En inspiration, « les lacets du corset lâchent ». La douceur de la détente, grâce à son corps retrouvé en entier dans le body scan, « les fils de fer » se transforment peu à peu en guirlandes de coton, soyeuses et douces.


La deuxième étape de la séance place Caroline dans son lieu de sécurité avant de la « connecter » à sa famille dont elle s’apprête à refuser la visite … " la douceur de votre fauteuil voltaire ou de votre lit bateau, dans lequel vous êtes lovée en sécurité comme si vous étiez dans un nuage de plumes douces, légères ... Maintenant que cette sécurité est en vous à l’intérieur, à l’extérieur, peut-être est-il possible de vous projeter dans ce bain d’amour en vous pour votre famille et autour de vous, de cet amour que vous recevez. Prenez le temps, tout votre temps de percevoir cette relation authentique, avec des mots vrais, peut-être des larmes, peut-être des rires … Peut-être est-il simplement possible de montrer à vos petits-enfants qu’une étoile dans le ciel brillera pour toujours, pour eux … Que vous serez toujours là dans leur cœur mais physiquement absente pour toujours …Allez dedans, dans cette sensation avec la respiration, très très bien … Une larme perle au coin de l’œil, laissez pleurer ce corps … très bien, ma voix se fait de plus en plus douce, de plus en plus en « pause »

 

L’étape suivante de la séance d’hypnose :  Un possible départ pour lequel elle se dit « être prête » … Comme la chenille qui se transforme en papillon, papillon éphémère, installez- vous à nouveau dans cette légèreté, dans ce départ possible le plus serein qui soit, comme c’est possible pour l’instant. Percevez tout simplement la possibilité de dire à votre famille, Jérôme, Brigitte Oscar et Damien que vous les aimez pour toujours. Cet amour présent en vous et autour …  pour lâcher ce lien à la vie terrestre lorsque le temps sera venu, pour voler comme le papillon libéré, légère  ... à nouveau dans ce nuage de douceur … Cette authenticité avec votre famille vous porte vers ailleurs quand le temps sera là … un mouvement possible dans un départ libre, léger, confiant … La séance s’est poursuivie là où l’essentiel a besoin de se dire, de se sentir au plus profond de l’intime, comme un sentiment de quiétude qui, enfin, prend sa place. L’hypnose a permis à Caroline d’entrer en contact avec son environnement, son corps autrement que par ses symptômes. « Ce corps a pu se taire enfin » exprimera-t-elle. L’hypnose a permis à son âme de s’apaiser, selon ses mots. Elle recevra sa famille, se sentant prête et sereine et parviendra à pratiquer l’autohypnose entre de nouvelles séances.
À son écoute corporelle et émotionnelle, cette dame guide la séance dans ce qu’elle est, ce qu’elle vibre à l’instant. Installer Caroline dans son corps en entier, apaiser les « coupures des fils de fer », libérer le corset permet l’installation dans la douceur pour ensuite se projeter vers ce fameux dimanche avec sa famille et peut être alors pouvoir partir sereinement. L’hypnose est un soutien supplémentaire à une prise en charge pluridisciplinaire et considère la mort comme un processus naturel.


Conclusion :
L’hypnose permet un contact avec l’intime de soi, de son univers propre qui dans un aspect presque sacré, (sans aucun sens dogmatique de notre part) permet au patient de découvrir encore la vie en lui et autour de lui, présente. Ce même patient qui reprend alors contact avec son corps, qui souffrant, et morcelé comme des pièces de puzzle éparpillées, passe à un corps unifié, parfois en une séance. Cet aspect physique amorce un retour à la conscience de soi qui du « mal à l’âme » nommé par les patients, livre alors encore des ressources d’apaisement dans un mouvement intérieur essentiel avant l’ultime départ.

1- TEIKE LUETHI F, CURRAT T, SPENCER B, JAYET N, CANTIN B. L’hypnose : une ressource en soins palliatifs ? Étude qualitative sur l’apport de l’hypnose chez des patients oncologiques. Recherche en soins infirmiers, septembre 2012 ; 110 : 78-89

2- « Il suffit d’un geste » F. Roustang, Odile Jacob 2003

3-  L’hypnose ou les portes de la guérison » Dr J.M. Benhaiem avec F. Roustang Odile Jacob 2012

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