Hypnose, une pratique intégrative ... hors du commun 

August 30, 2017

C’est cette constatation qui m’a poussée à créer il y a quelques années un centre permettant de découvrir différentes thérapies dans une perspective intégrative, autour de quatre axes :

  1. Diverses pratiques psychocorporelles y sont proposées par des professionnels de la santé et transmises aux patients pour qu’ils puissent les utiliser de façon autonome : Hypnose, méditation, yoga, techniques d’optimisation du potentiel, massages.

  2. Ces mêmes pratiques sont transmises aux professionnels de la santé lors de formations.

  3. Puis évaluées dans le cadre de recherches scientifiques.

  4. Pour finalement créer un véritable think tank autour des pratiques complémentaires[1].

C’est ainsi que l’hypnose, dans cette quadruple perspective, a pris sa place au sein de l’Institut Français des Pratiques PsychoCorporelles à Paris, avec l’objectif de développer une pratique d’hypnose résolument intégrative.

C’est à partir de cette expérience, que nous examinerons dans cet article comment l’hypnose se situe dans ce mouvement intégratif. Comment penser l’hypnose dans cette perspective intégrative ? Quelle place pour cette expérience dans le cadre du soin pour soulager la douleur et la souffrance pour les patients ? Et pour les professionnels de la santé eux-mêmes ? Quel intérêt pour un patient … et pour un soignant … à apprendre l’auto-hypnose ?

I. Un tournant actuel vers l’intégrativité :

Pour percevoir et comprendre tous les aspects de la puissance intégrative de l’hypnose, penchons-nous sur ce mouvement intégratif actuel et dans lequel l’hypnose s’inscrit complètement.

Gardons à l’esprit que le développement des pratiques complémentaires et intégratives vient modifier le paysage thérapeutique mondial, changeant jusqu’à notre glossaire médical avec un usage de plus en plus fréquent de termes comme santé intégrative, médecine intégrative, médecines complémentaires, thérapies complémentaires, pratiques psychocorporelles, intégrativité …

Nous pouvons distinguer trois étapes dans ce mouvement intégratif qui font évoluer le monde du soin d’abord de la notion de médecine complémentaire à la médecine intégrative puis vers la notion de santé intégrative. Et dans ces trois domaines l’hypnose a pleinement sa place :

Le terme de médecine complémentaire recouvre un large ensemble de pratiques de soins qui ont été habituellement regroupées sous le terme anglais de Complementary Alternative Medicine (CAM) et définies par les National Institutes of Health des Etats-Unis et la Cochrane Collaboration comme : « un large domaine de ressources de guérison qui englobe tous les systèmes, modalités, et pratiques de santé, de même que leurs théories ou croyances, autres que ceux qui sont intrinsèques au système de santé politiquement dominant d’une société ou culture particulière à une période historique donnée. »

Les traitements complémentaires sont souvent regroupés[2], comme le rappelle le rapport 2012 de l’APHP sur les médecines complémentaires :

  • Selon la nature du traitement (regroupement en 4 catégories)

    • Traitements biologiques naturels (plantes, compléments alimentaires …),

    • Traitements psychocorporels (hypnose, yoga …),

    • Traitements physiques manuels (ostéopathie, chiropractie, massage …),

    • Autres pratiques et approches de la santé (Médecine traditionnelle …),

  • Selon le mode d’administration (regroupement en trois catégories [3])

    • Auto-administration (plantes, compléments alimentaires, méditation, auto-hypnose …),

    • Administration par un tiers praticien (hypnose, acupuncture, massage, ostéopathie …),

    • Auto-administration avec supervision périodique (yoga, biofeedback, auto-hypnose, tai-chi …).

Ces pratiques ne sont pas intégrées dans la tradition académique, ou le système dominant du pays, et pourtant largement utilisées par les patients notamment quand un symptôme se chronicise. Elles sont donc identifiées comme celles utilisées en complément de la médecine conventionnelle (et donc bien à différencier des médecines alternatives qui sont utilisées à la place de la médecine conventionnelle).

 La notion de médecine intégrative, quant à elle, renvoie à l’intégration, dans le parcours de soins d’un patient, de pratiques issues de la médecine conventionnelle et de celles issues de la médecine complémentaire (qui font l’objet d’une évaluation scientifique sur leur sécurité et leur efficacité).

La médecine intégrative tient compte de la personne dans sa globalité (corps, esprit, spiritualité) et développe une approche personnalisée associant les pratiques des deux approches tout en prenant en compte l’importance de la relation thérapeutique. Dans cette démarche, les différents aspects du mode de vie du patient sont pris en compte et la place de la prévention y apparait comme essentielle.

Le maître mot est interdisciplinarité, ou comment une équipe peut apporter au patient tous les soins adaptés nécessaires, qu’ils proviennent de la médecine ou des pratiques complémentaires.

Face à la multiplicité des pratiques thérapeutiques ainsi que des modèles théoriques, l’approche intégrative s’avère être une nécessité. Elle pousse à inventer tout le temps, c’est avant tout un processus créatif, une perspective dynamique où praticien et patient co-construisent une démarche mobile. Il apparait comme de plus en plus important de créer des liens, des contacts, entre les différentes disciplines, pratiques, théorisations …

Et l’hypnose se situe bien dans cette perspective intégrative que ce soit grâce à la formation de nombreuses équipes en communication hypnotique, vecteur relationnel facilitant la construction de la pluri et interdisciplinarité, ou grâce à la nature même de l’hypnose, qui permet d’intégrer les différentes ressources externes ou internes du patient.

" la santé n’est pas seulement une absence de

maladie mais aussi un état complet

de bien-être physique,

mental et social. "

 Le passage de la notion de médecine intégrative à celle de santé intégrative ouvre une voie résolument nouvelle dans le domaine thérapeutique. Le changement de dénomination du NCCAM (National Center for Complementary and Alternative Medicines) dont le nom a logiquement évolué vers celui de NCCIH (National Center for Complementary and Integrative Health) a bien marqué, en 2015, ce tournant en mettant en lumière l’importance de la prévention et de la santé intégrative. Rappelons d’ailleurs que pour l’OMS, la santé n’est pas seulement une absence de maladie mais aussi un état complet de bien-être physique, mental et social.

Il ne s’agit plus seulement d’informer, de proposer des approches complémentaires, ou encore un parcours de soin associant diverses approches, mais de permettre à un patient de les intégrer, d’être autonome, dans une pratique quotidienne et, ce faisant, de développer un véritable art de vivre pour permettre un changement durable.

L’hypnose se situe également totalement dans cette perspective avec la pratique de l’auto-hypnose, qui permet au patient de se ressourcer ou de s’apaiser régulièrement mais aussi de faire face différemment quand une douleur ou un stress se présentent.

 

Ainsi, la complémentarité dans le soin est apparue comme une première étape, l’intégrativité en est sa suite logique et maintenant le passage vers la notion de santé intégrative une nécessité qui met l’accent sur la prévention et l’importance d’utiliser différentes pratiques pour prendre soin de sa santé.

La pratique hypnotique, qui se situe dans ces trois perspectives, la complémentarité, l’intégrativité et la santé intégrative, a véritablement son rôle à jouer dans ces nouvelles perspectives de soin.

II. Comment l’hypnose se situe dans ce mouvement intégratif ? Comment penser cette pratique dans une perspective intégrative ?

L’hypnose prend toute sa place dans cette évolution du soin et de la prévention qu’offre la perspective intégrative. La pratique hypnotique peut ainsi se décliner selon trois axes :

  1. Comme une pratique complémentaire dans de nombreuses indications,

  2. Comme une pratique intégrative et même un modèle intégratif,

  3. Comme un outil précieux dans le domaine de la santé intégrative, l’autohypnose pouvant être proposée afin de permettre à un patient d’intégrer l’hypnose dans son quotidien.  

Détaillons ces trois axes :

1. L’hypnose, pratique complémentaire dans le parcours de soin

Les études montrant l’efficacité de l’hypnose comme pratique complémentaire sont nombreuses dans de multiples indications comme la prise en charge de la douleur, du stress, des phobies, des troubles neurologiques … ( Vanhaudenhuyse A., Faymonville M-E, 2015 ; Flamand-Roze C 2016)

L’importance de l’autohypnose est soulignée dans ces études (Vanhaudenhuyse A., Faymonville M-E, 2015, Lindfors P 2012, Kohen D.P 2010 ) et nous montre l’ancrage et le potentiel de cette pratique dans le domaine de la santé intégrative, qui vise à accompagner et autonomiser le patient.

Et nombre de services hospitaliers l’ont intégrée dans l’offre de soin de façon complémentaire au suivi médical, mais aussi psychologique.

" Pratique psychocorporelle par excellence,

l’hypnose ne dissocie pas le corps et

l’esprit et permet de faire

l’expérience du tout. "

2. L’hypnose comme pratique intégrative :

Elle fait partie du mouvement intégratif à la fois en tant que modèle intégratif et en tant que pratique intégrative :

a - L’hypnose comme modèle intégratif

La nature de l’hypnose en elle-même est intégrative :

C’est une pratique où la relation et le lien sont essentiels. L’observation du processus hypnotique nous montre que soigner en hypnose c’est amener une personne à changer de sensorialité, à quitter une perception restreinte pour rentrer dans un autre type de perception, une phase d’ouverture. Cette phase d’ouverture est le moment où les remaniements, les changements peuvent se faire.

Or quand nous souffrons, que ce soit de douleur, de dépression, d’angoisses ... nous sommes immobilisés dans notre vie par ces symptômes, qui nous coupent d’une relation équilibrée au monde et à nous-mêmes. Ils sont une rupture dans le mouvement permanent du changement et dans notre adaptation et notre attention à ce changement. Quand nous nous focalisons sur le symptôme, à force de le fixer, il finit même par occuper tout notre champ de perception.

L’hypnose, qui est un éveil de l’attention, permet de se défocaliser de cette fixation sur le symptôme pour se relier à nouveau à l’ensemble des éléments de la vie.

De façon générale, le processus hypnotique permet de passer d’une perception habituelle, qui catégorise, sépare, divise, à une perception qui intègre sans opposer les différents éléments de la vie, comme le rappelle François Roustang [4], philosophe et hypnothérapeute : « Je me contente de replonger le symptôme dans la totalité de l’être, sans vouloir lui donner un sens particulier, sans vouloir l’interpréter. Je lui suggère de ne pas tenir compte de son symptôme précisément parce que le symptôme ne devient lui-même que parce qu’il est isolé. Replongez-le dans la totalité de votre vie, il disparaîtra … »

Pratique psychocorporelle par excellence, l’hypnose ne dissocie pas le corps et l’esprit et permet de faire l’expérience du tout.

La communication hypnotique, modèle intégratif par excellence :

L’expérience hypnotique nous montre qu’une pratique intégrative peut s’inscrire au cœur même de la communication entre praticien et patient et cela à plusieurs niveaux :

L’hypnose n’est pas une juxtaposition de techniques mais un art de la communication, qui invite à intégrer les difficultés du patient par l’activation des forces et ressources de celui-ci (alors que de nombreuses thérapies se concentrent sur les problèmes du patient et négligent ses forces - Gassman et Grawe, 2006 -). Cette posture particulière de soin constitue un modèle intégratif très intéressant pour d’autres pratiques complémentaires.

Remarquons aussi que le vocabulaire hypnotique met l’accent sur les mots de liaison, en mettant de côté ceux qui créent une rupture dans la pensée : la communication hypnotique en elle-même impulse une fluidité où tout peut être accueilli et intégré au même moment.

Cette pratique de communication s’inscrit dans un travail permanent d’ajustement du praticien vis à vis du patient, afin de faciliter l’apparition d’un changement, ce qui en fait aussi un modèle pour la démarche intégrative qui se veut mobile et créative.

L’hypnose, une approche intégrative permettant de tisser des liens entre des pratiques actuelles et des traditions plus anciennes.

Nombre de pratiques psychocorporelles sont issues de pratiques traditionnelles : Les différentes formes de méditation, le yoga, le Qi Gong, l’hypnose … L’hypnose en effet est notre façon actuelle, culturelle d’expérimenter la transe, ce processus d’ouverture existe sous d’autres formes, d’autres noms, dans d’autres cultures, au sein de médecines traditionnelles très anciennes. L’hypnose s’enrichit en effet de ses racines avec la transe et aussi des découvertes les plus récentes des neurosciences. Elle fait maintenant partie de l’arsenal thérapeutique de nombreux services hospitaliers (centre de traitement de la douleur, services d’anesthésie, de réanimation …). Cette pratique hypnotique s’est énormément développée dans les services pour une meilleure prise en charge de la douleur et est entrée dans la vie quotidienne de nombreuses personnes.

Il est intéressant de noter que l’hypnose comme d’autres pratiques traditionnelles, qui s’intègrent dans nos services, ne peuvent être le placage de techniques anciennes ou orientales mais une nouvelle synthèse entre ces traditions et nos représentations actuelles du soin, issues d’une rencontre entre les pensées de différentes cultures et de différentes époques. Cette synthèse, cette adaptation, ce dialogue entre différentes représentations et pratiques, c’est cela aussi le mouvement intégratif.

b - L’hypnose, pratique qui s’inscrit complètement dans la démarche intégrative

Comment définir une démarche intégrative ?

Plusieurs démarches intégratives émergent dans la littérature[5] et proposent :

  1. d’incorporer ou d’assimiler de nouveaux outils dans sa pratique ou conceptualisation habituelle.

  2. de juxtaposer sans chercher à les imbriquer différents outils ou cadres de soins et ainsi multiplier les perspectives.

  3. de développer un méta modèle théorique à partir de la synthèse de différentes théories.

  4. de déterminer l’efficacité spécifique de telle technique sur tel patient et pour telle problématique.

Développons ensemble en quoi l’hypnose s’inscrit pleinement dans ces différentes démarches intégratives :

1 - L’hypnose permet d’intégrer de nombreuses autres pratiques et concepts :

L’hypnose permet d’incorporer ou d’assimiler de nombreuses autres pratiques et inversement d’être intégrée au sein de celles-ci. Elle peut également s’inscrire dans un modèle thérapeutique ou associer différents modèles théoriques.

L’hypnose peut par exemple être induite par une pratique respiratoire issue du yoga, un travail en mouvement issu du Qi Gong. Nous pouvons également introduire un temps de méditation en fin de séance s’il est utile de calmer les pensées ou encore, l’hypnose peut être utilisée comme moyen d’exploration dans une thérapie analytique ou comme une étape dans une TCC par exemple.

2 - L’hypnose permet de juxtaposer différents outils, d’associer plusieurs cadres de soins et de rassembler différents professionnels de la santé :

En effet, tous les moyens, paradoxes, imagination, corporel, métaphores peuvent être proposés, le praticien peut faire expérimenter différentes pratiques pour s’ajuster en permanence au patient et le faire changer, moduler une douleur, traverser une émotion …

La communication hypnotique et la pratique de l’hypnose peuvent être partagées par divers professionnels de la santé et intégrées dans leurs domaines de compétences respectifs, en tant que pratiques complémentaires. Elles apportent une autre façon d’être en relation avec les patient, un fils conducteur dans le parcours de soin, une synergie entre les différents professionnels de la santé.

3 -L’hypnose dans sa perspective intégrative pousse à développer une réflexion particulière sur le changement :

Au-delà des différentes pratiques et références conceptuelles, des ingrédients thérapeutiques communs émergent et leur synergie favorise le changement. Dans une démarche intégrative, la mise en perspective de l’hypnose avec d’autres pratiques psychocorporelles (comme la méditation, le yoga, le Qi Gong …) fait émerger l’importance de certains facteurs communs ou ingrédients transversaux :

  • L’attention au moment présent, à soi, au monde : être là, présent, sans effort :

Etre en hypnose, c’est reprendre contact avec soi-même, être juste là, ici et maintenant, sortir de la préoccupation permanente du futur ou du passé, revenir à l’instant présent. L’hypnose, la méditation, le yoga … c’est être au monde. Une expérience qui peut s’inscrire dans le quotidien à tout moment.

« Vouloir changer est le plus

grand obstacle au changement »

Ces différents chemins nous montrent que la vraie difficulté est de comprendre qu’être au monde … ne demande pas d’effort. Cette posture est une voie très utile pour les patients douloureux chroniques et de façon générale pour tous quand nous mettons une pression trop importante sur un objectif. Perls résume très bien ce paradoxe du processus de changement : « Vouloir changer est le plus grand obstacle au changement ». Lâcher la volonté, lâcher prise serait en fait essentiel dans le processus de changement. Cela rejoint une idée familière à la pensée Zen, c’est en voulant suivre le chemin qu’on s’en éloigne.

Cette présence à soi est une présence au monde. Car toutes ces pratiques, proposées dans un cadre thérapeutique, loin de nous couper du monde nous y relient de façon plus intense. Face à un monde où l'attention est hachée (irruption très fré­quente de la pub dans les programmes TV, des multiples sms ou mails, parfois sur-stimulations par de nombreuses activités dans le travail ou dans les loisirs, qui ne laissent pas le temps de se poser ou de rêver), des temps de pause et de présence à soi-même sont de plus en plus indispensables.

L’hypnose comme la plupart des pratiques psychocorporelles qui refocalisent l’attention sur le moment présent redonne leur place dans le changement au corps et à la sensorialité. Changer ce n’est pas appréhender le monde seulement par le moi pensant mais aussi par la sensorialité.

  • Se remettre dans le mouvement de la vie :

Quand nous nous penchons sur l’impact que peut avoir un symptôme dans la vie de quelqu’un, que ce soit la douleur, la dépression, les angoisses, etc. nous constatons que nous sommes immobilisés dans notre vie par ces symptômes, qui nous coupent d’une relation équilibrée au monde et à nous-mêmes. Ils sont une rupture dans le mouvement permanent du changement. Cette constatation amène au constat : ce que l’on soigne, c’est l’immobilisation.

Changer c’est se remettre en mouvement.

Pratiquer les mouvements du Qi Gong, méditer, être massé et s’automasser, utiliser l’hypnose ou l’auto-hypnose ou encore le yoga sont autant de procédés qui permettent à une personne de se remettre dans le mouvement de sa vie. De la même façon que dans le yoga on expérimente qu’un corps et un mental souples vont permettre de s’adapter aux changements inévitables de la vie, (La pratique régulière des asanas ,les postures du yoga, cultivent la souplesse), cette notion de souplesse et de fluidité est essentielle en hypnose et plus généralement dans cette démarche intégrative.

  • Savoir traverser ses émotions :

Le travail en hypnose ou en méditation ne consiste pas à ne pas avoir d’émotions difficiles mais plutôt à ne pas les entretenir. Etymologiquement d’ailleurs, l’émotion « emovere » en latin, renvoie à l’idée de mettre en mouvement. Les émotions sont des signaux d'alarme très efficaces (la colère pour la frustration, la peur pour le danger, etc.), mais une fois ce rôle d'alarme accompli, nous n’avons pas à les entretenir ou les laisser continuer à diriger nos vies. Elles sont, selon l’expression, de « bons serviteurs mais de mauvais maîtres ». Nous pouvons apprendre à accueillir et traverser nos émotions, ce qui permet de développer une véritable confiance en soi, un sentiment de sécurité intérieure, sentir son équilibre quand tout va bien, le maintenir quand il y a du stress.

Observer ses pensées, se libérer des constructions mentales : L’hypnose permet d’apprendre à ne pas laisser une émotion, ni de façon plus générale, une pensée prendre les rênes, à se libérer de toute construction mentale, à suivre sans jugement ni justification, le mouvement des pensées. Rentrer en hypnose est un processus, pas un état : c’est découvrir le processus de tout son être.

  • Les pratiques respiratoires, un outil intégratif par excellence :

La respiration est au cœur de la méditation, de l’hypnose, du Yoga, du Qi Gong … : Une fois le corps installé dans une position stable pendant longtemps, un rythme respiratoire calme peut s’établir. " Lorsque le souffle est agité, l'esprit est agité. Lorsque le souffle est immobile, l'esprit est immobile … " (Hatha-Yoga Pradipika). Calmer la respiration permet de façon efficace de calmer le mental. De plus la respiration est un des moyens les plus rapides pour se connecter à l’instant présent. Prêter attention à la respiration c’est être connecté au mouvement permanent de la vie : le souffle est au cœur du changement. L’attention à la respiration ou la modulation consciente de la respiration sont présentes à la fois en hypnose mais aussi comme ancrage pour rentrer rapidement en auto-hypnose.

4 - Déterminer l’efficacité spécifique de telle technique hypnotique sur tel patient et pour telle problématique est un enjeu important en hypnose, pour s’ajuster véritablement au patient.

L’hypnose est une adaptation permanente du praticien avec le patient, il ne s’agit pas de précéder le patient mais de l’accompagner. Dans le domaine de la douleur, nous constatons quand la douleur est aigue et envahit toute l’attention de la personne, une induction de relaxation ne sera pas la plus adaptée mais plutôt une induction qui part directement de la perception douloureuse pour viser à la modifier.

Lao Tseu disait « celui qui pense ne ressent pas, celui qui sent ne pense pas ». Quand il faut amener une personne à lâcher son agitation mentale, focaliser l’attention sur la sensorialité est un moyen efficace. Quand une douleur attire l’attention sur le corps, amener quelqu’un comme dans la réification à chercher une image, une couleur, c’est-à-dire à se focaliser sur le mental, permet de modifier la perception douloureuse. Déterminer ce qui est le plus efficace est au cœur de l’ajustement permanent de l’hypnopraticien avec le patient.

3. L’hypnose, une pratique de santé intégrative

La perspective intégrative s’inscrit aussi dans le quotidien de chacun en nous obligeant à donner un sens nouveau à notre santé. Le terme de santé ici met de côté sa définition ancienne d’«absence de maladie» pour être étendue à une notion plus vaste, celle d’équilibre, d’épanouissement dans les différents domaines de la vie, corporel, affectif, intellectuel et spirituel.

L’hypnose à travers l’auto-hypnose s’inscrit d’emblée dans cette perspective de santé intégrative, où les différents aspects du mode de vie du patient sont pris en compte et la place de la prévention est essentielle. À travers la recherche d’ingrédients communs, nous avons des pistes intéressantes pour réfléchir à la façon d’intégrer efficacement et rapidement l’autohypnose si une douleur se présente ou une situation de stress, à la façon aussi d’utiliser l’auto-hypnose pour être pleinement présent à soi et au monde, dans l’instant présent ... et dans l’action.

Une variété d’inductions hypnotiques respiratoires, posturales … issues du yoga, de la méditation ou encore des TOP (Techniques d’Optimisation du Potentiel), vont faciliter l’intégration de l’autohypnose au quotidien et même en situation de stress ou de douleur.

La pratique et la réflexion intégrative permettent d’optimiser la pratique de l’auto-hypnose, dans le cadre du soin pour soulager la douleur et la souffrance pour les patients mais aussi pour les professionnels de la santé eux-mêmes. Ce dernier point étant essentiel dans la démarche intégrative.

Conclusion :

Le terme « intégratif » (plutôt que celui d’intégré) est intéressant car il indique un mouvement, un processus : l’intégration renvoie à une créativité permanente, dans le soin et au quotidien.

Nous avons vu dans cet article combien l’hypnose s’inscrit dans une démarche intégrative, à la fois pratique complémentaire de soin, modèle intégratif et outil de santé intégrative.

La perspective intégrative dans le soin change la communication soignant-soigné, et donc la relation thérapeutique. L’état d’esprit qui prévaut à cette nouvelle posture est basé sur l’ouverture, l’adaptation, la souplesse et un réel désir d’autonomiser le patient, hors de tout dogme. Cette posture, qui nous conduit, nous, soignants, à intégrer, à accueillir d’autres formes de pensées, nous pousse à élargir nos perspectives, nous force à jeter un regard différent sur nos propres approches thérapeutiques, à développer ainsi une perspective nouvelle sur notre propre pratique.

Cette notion de santé intégrative replace aussi le patient au centre et demande au praticien un nécessaire changement de posture. C’est peut-être cela aussi le défi de la médecine intégrative, réaffirmer l’importance de la relation soignant-soigné. L’hypnose comme d’ailleurs toutes les autres thérapies psychocorporelles et de santé intégrative ne peuvent pas être réduites à de simples techniques mais comme autant de façons différentes d’entrer en communication et en relation avec le patient.

____________________________

 

Bibliographie :

Célestin-Lhopiteau I., Se soigner par les pratiques psychocorporelles, Dunod, 2015

Flamand-Roze C., Célestin-Lhopiteau I., Roze E., Hypnosis and movement disorders: State of the art and perspectives, Revue Neurologique, 2016, Volume 172, Issue 8, Pages 530-536

Kohen D.P. (2010). Long-term follow-up of self-hypnosis training for recurrent headaches: What the children say. International Journal of Clinical Experimental and Hypnosis, 58 (4), 417-432.

Lindfors P, Unge P, Nyhlin H et al. : Long term effects of hypnotherapy in refractory irritable bowel syndrome. Scand J Gastroenterol 2012 ; 47 : 413-20

Vanhaudenhuyse A., Faymonville M-E [Interest of hypnosis in healthcare].., La Revue du praticien 04/2015; 65(4):457-9. 0

____________________________
 

[1] Inspiré en partie par les enseignements du leadership program in Healthcare de l’université de médecine intégrative de l’université de Duke (NC)

[2] National Center for Complementary and Alternative Medicine http://nccam.nih.gov

[3] Manheimer E, Berman B. Cochrane Complementary Medicine Field. About The Cochrane Collaboration (Fields) 2008, Issue 2.Art. No.:CE000052.

[4] Propos recueillis par Léon Wisznia pour le site Conférences et débats.fr (l’agenda des savoirs et des idées, Paris et Ile de France)

[5] Aide-mémoire – Hypnothérapie et hypnose médicale, Antoine Bioy, Isabelle Célestin-Lhopiteau et al., Dunod, 2012.

Please reload