Kinésithérapie et douleur chronique

Rédigé par Rauline Gauthier

Introduction

 

La douleur chronique ou persistante est définie par la Haute Autorité de Santé comme un syndrome multidimensionnel qui touche environ 19% de la population en Europe. Sa prise en charge repose sur une évaluation précise des composantes de la douleur et sur un traitement à visée réadaptative.

 

Caractéristiques

 

La douleur est un processus physiologique dont le but est d’agir comme une alarme, nous permettant de nous adapter à une situation potentiellement dangereuse.

Quand elle devient chronique, la douleur perd ce caractère informatif d’alarme protectrice : elle ne traduit plus un danger pour le corps. Des mécanismes neurophysiologiques sont en jeu quand la douleur devient chronique. Les études récentes nous permettent de mieux comprendre ces phénomènes de sensibilisation du système nociceptif, ou « douleur nociplastique ».

 

Les processus cognitifs et comportementaux engendrés par la douleur persistante diminuent la capacité du patient à s’adapter aux situations et aux activités de la vie.

Les comportements d’évitement, la catastrophisation et la kinésiophobie (la peur du mouvement) sont des caractéristiques retrouvées dans les douleurs chroniques.

 

La douleur chronique a également des répercussions fonctionnelles conséquentes : limitation des activités sociales, arrêts de travail, altération de la qualité de vie, etc.

La prévalence et l’impact fonctionnel de la douleur chronique en font un véritable enjeu de santé public.

 

Contexte

 

Selon la Société Française d’Étude et du Traitement de la Douleur (SFETD), la douleur chronique doit être appréhendée selon un modèle bio-psycho-social.

 

De nombreuses approches thérapeutiques actuelles abordent les symptômes via un modèle purement biomécanique ou mécanistique et ne permettent pas d’obtenir de bénéfices satisfaisants chez les patients souffrant de douleurs chroniques.

La recherche d’une cause lésionnelle à la douleur (par exemple : la lombalgie chronique) engendre un parcours de soin souvent complexe, impliquant le recours à de nombreux praticiens et à des examens complémentaires.

Les informations explicatives reçues par le patient véhiculent souvent un message de fragilité du corps et/ou d’atteinte irréversible, source d’anxiété, de comportements d’évitement et de catastrophisation.

 

 

Rééducation

 

La douleur chronique étant multimodale, la prise en charge du patient se doit d’être pluridisciplinaire et nécessite une coordination des différents intervenants : médecins, kinésithérapeutes, psychologues, etc.

 

La place du kinésithérapeute est centrale car elle permet un accès à un suivi régulier, individuel et centré sur le patient.

Son intégration dans un modèle bio-psycho-social permet d’appréhender, selon le patient, quatre composantes majeures :

  • l’éducation aux Neuro-Sciences (ENS) de la douleur

  • la gestion de la symptomatologie

  • l’activité physique graduelle

  • la prévention de la récidive

 

L’objectif est donner au patient les clés de sa réadaptation : il est nécessaire que la prise en charge soit patient-centrée.

 

Les phénomènes de sensibilisation sont complexes : ils impliquent le système nerveux périphérique et central, et sont influencés par des processus cognitifs.

La conséquence de ces processus est l’abaissement du seuil douloureux : la douleur sera ressentie pour une activité normalement non-douloureuse.

Ces phénomènes sont potentiellement malléables : le retour à une activité progressive, encadrée par le kinésithérapeute et mise en place en collaboration avec le patient, peut permettre d’accroître le seuil douloureux.

 

Principes généraux

 

  • Focaliser la prise en charge sur la réadaptation

  • Restaurer la capacité adaptative du patient

  • Ne pas rechercher de prime abord à supprimer les symptômes, mais apprendre au patient à les gérer dans la reprise progressive des activités.

  • La rééducation doit être patient-centrée : la communication et les mouvements préconisés se doivent d’être intimement liés à la symptomatologie et aux objectifs du patient. Ils doivent obéir à une progression mise en place en collaboration entre le patient et le thérapeute.

 

Conclusion :

 

L’approche biopsychosociale consiste à reconnaitre les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux qui sous-tendent la chronicisation de la douleur.

La kinésithérapie a pour but de promouvoir un retour progressif aux activités par un programme d’exercices, ainsi que la gestion des symptômes douloureux à travers cette réexposition à l’activité.

En tant que pathologie chronique, il est nécessaire de donner aux patient les clés de leur propre réadaptation.

 

 

Bibliographie :

 

  • Haute Autorité de Santé (HAS). Douleur chronique : reconnaître le syndrome douloureux chronique, l’évaluer et orienter le patient. HAS; 2008.

  • Breivik H, Collet B, Ventafridda V, et al. Survey of chronic pain in Europe : Prevalence, impact on daily life, and treatment. European Journal of  Pain 2006. 10(4):287-333

  • Société Française d’Étude et du Traitement de la Douleur (SFETD), http://www.sfetd-douleur.org/

  • Meints SM, Mawla I, Napadow V, Kong J, Gerber J, Chan S-T, et al. The relationship between catastrophizing and altered pain sensitivity in patients with chronic low-back pain: PAIN. 2019 Apr;160(4):833–43.

  • Butler DS, Moseley L (2017). Explain pain Supercharged. Adelaide, Australia : NOIgroup. p 19-33

  • Nijs Jo, De Kooning M, Beckwée D, Vaes P, the neurophysiology of pain and pain modulation : modern pain neuroscience for musculoskeletal physiotherapists in : Grieve’s Modern Musculoskeletal Physiotherapy, Elsevier, 2015, p8-187