Méditation et soins

I.Celestin-Lhopiteau

 

« La méditation, cela n’a rien d’oriental, c’est transformer son esprit, c’est à-dire, la façon dont, du matin au soir, on fait l’expérience du monde. »

Mathieu Ricard

 

Apprendre à méditer, à être pleinement présent à soi et au monde, dans l’instant présent. Quelle place pour cette expérience dans le cadre du soin ? Qu’est-ce que cela peut apporter à nos patients ?  Comment la méditation peut-elle être intégrée dans un parcours de soin pour soulager la douleur et la souffrance ? Et pour les professionnels de la santé eux-mêmes ? Quel intérêt à apprendre à méditer ?

 

Le point de départ pour répondre à ces questions est de se pencher sur l’impact que peut avoir un symptôme dans la vie de quelqu’un.

Quand nous souffrons, que ce soit de douleur, ou de dépression, d’angoisses, etc. nous sommes immobilisés dans notre vie par ces symptômes, qui nous coupent d’une relation équilibrée au monde et à nous-mêmes. Ils sont une rupture dans le mouvement permanent du changement et dans notre adaptation et notre attention à ce changement.

Cette constatation amène un premier constat : ce que l’on soigne, c’est l’immobilisation. Quand nous nous focalisons sur le symptôme et à force de le fixer, il finit par occuper tout notre champ de perception.

 

C’est cette constatation qui m’a poussée à créer il y a quelques années un centre permettant de découvrir différentes voies pour sortir de cette immobilisation, autour de trois axes :

1-  Diverses pratiques psychocorporelles y sont proposées par des professionnels de la santé et transmises aux patients pour qu’ils puissent les utiliser de façon autonome. Hypnose, méditation, Yoga, Techniques d’optimisation du potentiel, massages.

2-  Ces mêmes pratiques sont transmises aux professionnels de la santé lors de formations.

3-  Puis évaluées lors de recherche.

C’est ainsi dans cette triple perspective que la méditation a pris sa place au sein de l’Institut Français des Pratiques PsychoCorporelles à Paris (IFPPC), avec l’objectif de développer une pratique de méditation résolument laïque.

 

Pour les patients et pour toute personne qui souhaite développer une présence à soi et au monde :

 

Que ce soit des personnes qui viennent au centre par eux-mêmes ou des patients qui nous sont adressés dans le cadre d’une prise en charge de la douleur ou du stress, tous sont invités à apprendre des pratiques méditatives en groupe ou individuel.

C’est dans une démarche d’ouverture à l’universalité de la méditation que nous leur proposons de découvrir et de pratiquer différentes formes de méditation issues de courants divers, méditation pleine présence, méditation Tibétaine & Indienne, méditation du cœur, pour que chacun puisse ressentir la voie qui lui est la plus adaptée. Quelle que soit la pratique, une attention est développée au moment présent, tel qu’il est et non tel qu’on voudrait qu’il soit.

Chaque atelier accorde une part essentielle à la pratique de la méditation tout en laissant de la place à des échanges entre participants. Cela permet de laisser des synergies apparaitre à partir de ces différentes pratiques, de décrypter les ingrédients communs, et de faire émerger une pratique. Certains, dans cette dynamique, vont commencer à développer leur propre expérience et pratique méditative. D’autres vont intégrer et se centrer sur une des pratiques méditatives et l’approfondir. Or la difficulté est souvent non pas d’apprendre à méditer mais de le faire au quotidien. C’est à partir de l’expérience initiale de diverses méditations que se dessinent des pistes pour intégrer de la façon la plus simple possible la méditation dans la vie au quotidien mais aussi quand une douleur ou une émotion sont présentes.

 

La préparation corporelle :

Nous retrouvons une préparation corporelle dans différentes méditations : dans la pleine conscience avec le balayage corporel, dans la méditation biblique où une posture corporelle favorable et une assise confortable sont proposées au démarrage de la méditation, dans diverses méditations indiennes et tibétaines qui commencent par un travail de yoga.

 

Le souffle :

La respiration est au cœur de la méditation : Une fois le corps installé dans une position stable pendant longtemps, un rythme respiratoire calme peut s’établir.  " Lorsque le souffle est agité, l'esprit est agité. Lorsque le souffle est immobile, l'esprit est immobile … " (Hatha-Yoga Pradipika). Calmer la respiration permet de façon efficace de calmer le mental. De plus la respiration est un des moyens les plus rapides pour se connecter à l’instant présent. Prêter attention à la respiration c’est être connecté au mouvement permanent de la vie : le souffle est au cœur du changement.

La traversée des émotions :

Le travail en méditation ne consiste pas à ne pas avoir d’émotions difficiles mais plutôt à ne pas les entretenir. Etymologiquement d’ailleurs, l’émotion, « emovere » en latin renvoie à l’idée de mettre en mouvement. Les émotions sont des signaux d'alarme très efficaces (la colère pour la frustration, la peur pour le danger, etc.), mais une fois ce rôle d'alarme accompli, nous n’avons pas à les entretenir ou les laisser continuer à diriger nos vies. Elles sont, selon l’expression, de « bons serviteurs et mauvais maîtres ». Nous pouvons apprendre à accueillir et traverser nos émotions, ce qui permet de développer une véritable confiance en soi, un sentiment de sécurité intérieure, sentir son équilibre quand tout va bien, le maintenir quand il y a du stress.

 

Observer ses pensées, se libérer des constructions mentales :

Méditer permet d’apprendre à ne pas laisser une émotion, ni de façon plus générale une pensée prendre les rênes, à se libérer de toute construction mentale, à suivre sans jugement ni justification, le mouvement des pensées. Méditer est un processus, pas un état, c’est découvrir le processus de tout son être.

L’attention au moment présent : être là présent sans effort :

Méditer c’est reprendre contact avec soi-même, être juste là, ici et maintenant, sortir de la préoccupation permanente du futur ou du passé, revenir à l’instant présent. La méditation, c’est être au monde. Une expérience qui peut s’inscrire dans le quotidien à tout moment.

La difficulté est de comprendre qu’être au monde … ne demande pas d’effort. Cette posture est une voie très utile pour les patients douloureux chroniques et de façon générale pour tous quand nous mettons une pression trop importante sur un objectif. Perls résume très bien ce paradoxe du processus de changement : « Vouloir changer est le plus grand obstacle au changement ». Lâcher la volonté, lâcher prise serait en fait essentiel dans le processus de changement. Cela rejoint une idée familière à la pensée Zen, c’est en voulant suivre le chemin qu’on s’en éloigne.

 

Pour les professionnels de la santé :

C’est mon expérience sur le terrain qui a prévalue à la création des formations en méditation pour les professionnels de la santé que nous organisons à Paris à l’IFPPC et en Inde lors de voyage d’études (en immersion dans l’Himalaya avec la méditation tibétaine, à New Dehli avec différentes méditations indiennes). Nos stages permettent de découvrir différentes formes de méditation et de décrypter leurs ingrédients communs. Dans cette dynamique, les soignants peuvent commencer à développer leur propre expérience et pratique méditative.

Les enseignements sont très pratiques et conçus pour accompagner les stagiaires dans l’intégration concrète et la transmission de la méditation comme un soin complémentaire pour leurs patients (soulager les douleurs et traverser les émotions) et comme un art de vivre pour eux-mêmes. C’est aussi ça la médecine intégrative.

 

La recherche et la méditation :

De nombreuses études ont démontré que la méditation modifie l’activité cérébrale, en particulier quand elle est pratiquée régulièrement. Sa pratique augmente la plasticité cérébrale (l’apparition et la réorganisation des neurones) et l’épaisseur du cortex, et ce, d’autant plus qu’on la pratique.

Plusieurs régions cérébrales impliquées notamment dans l’attention et la gestion des émotions sont concernées. Concernant la douleur, les études du Dr Fadel Zeidan et du Pr Pierre Rainville ont montré qu’intégrer la méditation régulièrement dans sa vie peut fortement réduire la douleur ainsi que l’activation des centres cérébraux qui en sont responsables.

 

Conclusion :

Méditer, c’est faire l’expérience de sa présence au monde et à soi. Cette pratique peut avoir des effets thérapeutiques quand nous nous trouvons immobilisés par une douleur, un stress, une pensée car elle nous permet de nous repositionner au sein de notre vie, en nous remettant dans le mouvement de la vie. Cette expérience méditative, menant à une autre posture de soin, est également précieuse pour les professionnels de la santé.

 

*Isabelle CELESTIN-LHOPITEAU

Directrice de l’IFPPC, Institut Français des Pratiques PsychoCorporelles (www.ifppc.eu)

Responsable du DIU des pratiques psychocorporelles et de santé intégrative, Universités Paris Sud et Réunion

Responsable du DU Hypnose et Anesthésie, Université Paris Sud

Psychologue-Psychothérapeute, Centre d’Evaluation et de Traitement de la Douleur, CHU Bicêtre

Présidente de l’Association Thérapies d’Ici et d’Ailleurs,