Hypnose et tremblements

Par Dr Constance Flamand-Roze

Neurologie, hypnose et autres CAM

 

Depuis plusieurs années, la neurologie est devenu une spécialité médicale faisant de plus en plus souvent appel aux médecines intégratives, et à l’hypnose en particulier. En effet, la neurologie est un domaine vaste, recouvrant les atteintes vasculaires, les mouvements anormaux, les épilepsies, les maladies dégénératives, la sclérose en plaques, les migraines … Les neurologues se trouvent souvent dans une position difficile face à leurs patients, ne pouvant pas toujours leur proposer de solution totalement satisfaisante pour améliorer leur confort de vie. Face aux difficultés majeures rencontrées par les patients atteints de maladies neurologiques chroniques comme aigues, les médecines alternatives et complémentaires (CAM) sont donc une approche qui intéresse de plus en plus aussi bien les patients que les neurologues eux-mêmes. [1]

" la moitié des patients américains

atteints de pathologie neurologique

fait appel à une CAM "

Cet intérêt est relativement récent mais prend de plus en plus son essor. Qu’il s’agissent des gênes annexes aux pathologies (déficit de l’image de soi, douleurs, fatigue, états anxieux, insomnies …) ou bien des symptômes directement liés aux pathologies neurologiques, les CAM font depuis une dizaine d’années partie du parcours de soins proposés aux patients.

En 2002, dans la revue « Neurosciences », E. Ernst affirmait que les neurologues devraient avoir plus de connaissances sur ce type d’approches, et proposait un court article sur l’engouement et les espoirs qu’elles proposent [2]. D’après Ernst, la moitié des patients américains atteints de pathologie neurologique fait appel à une CAM. Ils se tourneraient vers ce type de prise en charge pour différentes raisons, comme une congruence philosophique, le désir de contrôler sa pathologie, ou une insatisfaction des médecines traditionnelles.  D’après un certain nombre d’études internationales, 30% à 80% des patients neurologiques déclarent faire appel à une ou plusieurs thérapies complémentaires. Les pathologies les plus fréquemment concernées sont la sclérose en plaques et la maladie de Parkinson [3-6].

En ce qui concerne l’hypnose plus particulièrement, deux aspects importants en font une approche complémentaire intéressante pour les patients, notamment ceux atteints de mouvements anormaux : tout d’abord, l’hypnose prend en compte le bien-être individuel, mais de plus, cette technique encourage le patient à prendre une part plus active dans son traitement, grâce à la pratique de l’auto-hypnose.

Bien qu’il n’existe pas de données épidémiologiques concernant l’utilisation de l’hypnose dans le traitement des mouvements anormaux, et plus particulièrement des tremblements, on note une intérêt grandissant pour ce type d’approche et une demande de plus en plus forte.

Hypnose et tremblements : les études probantes

 

Les tremblements fonctionnels 

Les pathologies du mouvement peuvent être d’origine psychogène (fonctionnelle), et les neurologues sont alors démunis face à ces situations complexes. Dans leur article de 2014, Ricciardi et al explorent l’utilité de différentes méthodes telles que la stimulation électrique transcranienne et l’hypnose. Les auteurs relatent une étude dans laquelle 48 patients ont été séparés en deux groupes, ceux bénéficiant d’hypnose et ceux sans traitement. 90% des patients appartenant au groupe « hypnose » présentaient une amélioration clinique objective, contre 26% des patients du groupe contrôle [7]. L’équipe a utilisé deux techniques pour limiter le tremblement : la réification du mouvement puis sa transformation, et une projection dans l’avenir : « comment cela sera quand je ne tremblerai plus ? »

" la musique relaxante n’a pas d’effet

significatif sur le tremblement, alors que l’hypnose le diminue drastiquement. "

Les tremblements non fonctionnels 

Il existe différents types de tremblements, mais nous nous intéresseront plus particulièrement au tremblement parkinsonien (tremblement de repos) :

Deux études très intéressantes reportent des cas cliniques [8-9] : En 2013, Elkins et al ont publié une étude de cas clinique : il s’agissait d’un patient de 51 ans, parkinsonien, qui a bénéficié de 3 séances d’hypnose et d’un apprentissage de l’auto-hypnose. Il a été noté de façon objective une réduction de 94% des tremblements au repos, ainsi qu’une diminution de l’anxiété, de la dépression et des douleurs. La qualité du sommeil et la libido se sont, quant à elles, améliorées [8]. En 1990, Wain et al décrivent également le cas d’un patient présentant, en plus de son tremblement, une anxiété, des troubles du sommeil et une dépression. Wain note dans son étude un arrêt du tremblement de la main quelques secondes après l’induction hypnotique, et une diminution du tremblement du pied allant jusqu’à sa disparition pendant la phase de transe [9].  Dans les deux cas, les patients se sont appropriés l’auto-hypnose pour contrôler leurs tremblements.

Deux études notables ont abordé le tremblement et l’hypnose sur des cohortes de patients. En 2009, Schlesinger [10] a observé par des mesures objectives les tremblements de 20 patients auxquels était proposé des séances alternant l’écoute de musique apaisante et des suggestions hypnotiques. Les auteurs ont conclu que la musique relaxante n’avait pas d’effet significatif sur le tremblement, alors que l’hypnose le diminuait drastiquement.

Plus récemment, Ajimsha [11] a publié une étude randomisée et contrôlée de 32 patients chez lesquels les auteurs ont  comparé l’efficacité de l’hypnose associée à la kinésithérapie seule. Le groupe ayant bénéficié de l’hypnose a montré un meilleur contrôle du mouvement et la capacité de stopper les tremblements.

 

En pratique 

 

L’hypnose joue un rôle dans la réduction de la stimulation des afférences extéroceptives et proprioceptive grâce à une concentration ciblée [12]. En effet, la grande majorité des patients, qu’ils présentent un tremblement d’origine fonctionnelle ou organique, reconnaissent que celui-ci est majoré par le stress et l’anxiété. En travaillant sur la relaxation, l’hypnose permet au patient de diminuer ce stress et cette anxiété, d’améliorer ses reflexes moteurs, d’augmenter son contrôle moteur, et d’aiguiser sa perception et sa conscience du corps. Les techniques de relaxation profondes suggèrent un mécanisme neuronal qui sous-tend l’amélioration des performances motrices et leur contrôle.

Les patients vont donc apprendre à reprendre le contrôle de leur mouvement, d’une part grâce aux techniques de relaxation mais également par la focalisation de l’attention sur les sensations procures par ce tremblement.

L’utilisation de métaphores de contrôle, l’utilisation de l’imagerie visuelle d’un endroit de sécurité ou d’un souvenir agréable vont donc aider le patient non seulement dans l’arrêt du tremblement mais également pour toutes les gênes annexes, telles que l’anxiété et les troubles du sommeil.

Par ailleurs, un travail de réification du mouvement permet de se focaliser sur le tremblement. Par ce moyen, le patient défini à quoi ressemble le tremblement et la sensation qu’il procure. En modifiant cette image, il va pouvoir modifier la sensation et stopper le mouvement.

 

Cas clinique 

 

Mme H. a 73 ans ; Elle est adressée par son neurologue pour un tremblement parkinsonien qui dure depuis deux ans et qui ne cède pas au traitement médicamenteux.  Elle se décrit comme anxieuse, et a noté une augmentation du tremblement avec le stress. La première séance va être consacrée à la gestion de cette anxiété, avec l’accompagnement dans un souvenir agréable et la mobilisation de ses 5 sens. Le souvenir évoqué est une promenade en Provence, en automne, avec les odeurs et les couleurs très fortes de cette saison. Lors de notre deuxième rencontre, Mme H. se sent beaucoup mieux et a pratiqué quotidiennement l’exercice d’auto-hypnose. Elle utilise les images de bien-être et les couleurs évoquées lors de la première séance dès qu’elle sent la tension monter et le tremblement apparaître. Nous travaillons alors sur la réification du tremblement : « tout s’agite en moi, c’est à l’intérieur de mon corps. C’est noir, en zig-zag, il y en a partout et ça grouille ». Elle trouve spontanément que le soleil pourrait faire disparaître ces zig-zag en les faisant fondre et s’évaporer.

Pendant notre 3ème séance, Mme H. confirme avoir alterné les deux types de séances, et maîtriser de mieux en mieux son tremblement et son anxiété. Elle pense au soleil qui fait fondre les zig-zag dès qu’elle en ressent le besoin et se rend compte que l’efficacité est de plus en plus rapide. Elle est toutefois souvent stressée et voudrait travailler pour se sentir « sur un fond plus serein ». Elle décrit cette sérénité comme un paysage de neige d’ une blancheur immaculée, qu’elle regarderait depuis la grande baie vitrée d’un chalet, près d’un feu de cheminée qui crépite et qui sent bon le résineux.  Comme lors de chaque rencontre, des suggestions post-hypnotiques sont données. Nous décidons de faire une pause d’un mois avant de nous revoir, afin que Mme H. puisse utiliser ses outils. Elle rappellera un mois plus tard : le stress et l’anxiété se sont considérablement amenuisés, et elle maîtrise toujours très bien les accès de tremblement, qui sont de plus en plus rares.

 

 

Conclusion 

 

Face au vieillissement de la population, les neurologues comme les médecins généralistes et les gériatres sont de plus en plus souvent confrontés à des patients présentant des pathologies tells que les maladies du mouvement. Ces praticiens se tournent à présent plus volontiers vers les médecines alternatives et complémentaires afin de proposer aux patients un nouvel axe de traitement, qui alliera  une amélioration des symptômes liés directement à la pathologie (comme le tremblement) à une diminution des gênes annexes à ces symptômes, comme le stress, l’anxiété, les troubles du sommeil et les douleurs. Des études commencent à formaliser cette avancée et devraient inciter les médecins à envisager avec les patients différents compléments aux traitements médicamenteux ou chirurgicaux.

 

 

 

Références :

1 – Helané Wahbeh et al : « Mind-body interventions : application in neurology ». Neurology 2008 ;70(24) :2321-2328

2- E. Ernst : « Complementary and alternative medicine in neurology : hype, hope and hazard ». Neurosciences 2002; 25 (12)

3- Schwarz S, Knorr C, Geiger H, Flachenecker P. Complementary and alternative medicine for multiple sclerosis. Mult Scler. 2008;14(8):1113-9.

4- Apel A, Greim B, Konig N, Zettl UK. Frequency of current utilisation of complementary and alternative medicine by patients with multiple sclerosis. J Neurol. 2006;253(10):1331-6.

5- Rajendran PR, Thompson RE, Reich SG. The use of alternative therapies by patients with Parkinson's disease. Neurology. 2001;57(5):790-4.

6- Kim JY, Jeon BS. Complementary and alternative medicine in Parkinson's disease patients in Korea. Curr Neurol Neurosci Rep. 2012;12(6):631-2.

7- Luciana Ricciardi et al : « Treatment of functionak (psychogenic) movement disorders ». Neurotherapeutics 2014 ;11 :201-207.

8-Elkins G : « Feasibility of clinical hypnosis for the treatment of Parkinson's disease: a case study. » Int J Clin Exp Hypn. 2013;61(2):172-82

9- Wain HJ, Amen D, Jabbari B. The effects of hypnosis on a parkinsonian tremor: case report with polygraph/EEG recordings. Am J Clin Hypn. 1990;33(2):94-8.

10- Schlesinger I, Benyakov O, Erikh I, Suraiya S, Schiller Y. Parkinson's disease tremor is diminished with relaxation guided imagery. Mov Disord. 2009;24(14):2059-62.

11- Ajimsha MS, Majeed NA, Chinnavan E, Thulasyammal RP. Effectiveness of autogenic training in improving motor performances in Parkinson's disease. Complement Ther Med. 2014;22(3):419-25.

12- Hölzel BK, Ott U, Hempel H, Hackl A, Wolf K, Stark R, et al. Differential engagement of anterior cingulate and adjacent medial frontal cortex in adept meditators and non-meditators. Neu- rosci Lett 2007;421(1):16—21.