Traitement de la douleur

Responsable de rubrique :

Isabelle Nègre

La douleur est certainement l’expérience la plus universellement partagée. Chacun sait et a vécu qu’avoir mal est aussi être mal. Si le corps a mal, c’est l’ensemble de l’être qui souffre et ébranle des certitudes qu’on pensait intangibles. Prendre en charge la douleur est donc aussi prendre soin de l’être, dans son entier et dans sa complexité. Les avancées neuroscientifiques prouvent ce que chacun savait depuis longtemps : corps et esprit sont si liés qu’ils ne font qu’un : le concept de psycho somatique a tenté maladroitement de dépasser ce dualisme mais d’autres cultures l’avaient si bien compris que ce terme est pour elles intraduisible. L’être est Un, riche de cette unité dont les mystères et les potentialités sont immenses. Nous avons divisé pour mieux comprendre, il est temps de réunir pour mieux entreprendre. Tout est lié. Si la douleur implique évidemment les circuits de la nociception, il faut entendre également que les émotions et les pensées vont l’influencer et que la seule intervention sur des circuits sera insuffisante. Car, pour reprendre E. Morin, les modes simplificateurs de la connaissance mutilent plus qu’ils n’expriment les réalités. C’est ce qu’expriment quotidiennement les patients qui tentent de faire entendre la singularité de leur vécu. Le temps est venu de la connaissance pertinente, celle qui voit les choses dans leur contexte, dans leur environnement, sous de multiples facettes. Du soignant sur de son fait, croyant agir avec son savoir et son pouvoir en n’étant actif qu’avec une partie de lui-même, il est temps  de devenir le serviteur, qui se plie et s’adapte aux besoins de l’Autre, avec sa personne toute entière : en un mot, devenons thérapeute.

Il ne s’agit pas d’un renoncement à la connaissance et au savoir, bien au contraire. Nous devons au contraire, chercher, expérimenter, mais pour comprendre et relier afin d’offrir au patient, dans la magie de la rencontre, les multiples voies possibles dont ils choisira celle qui le libèrera.

Relier (enfin !) corps et esprit en associant pratiques psycho corporelles et traitements conventionnels, adapter et expérimenter dans le champ de la douleur les mouvements du corps et de l’esprit, accompagner et accueillir le changement qui vient dans la créativité même du patient, adapter les découvertes neuroscientifiques à la pratique clinique, embellit notre pratique et élargit notre espace.

Je n’ai de regard que pour ce que je ne vois pas et qui, je le sais, va m’éblouir dit E. Jabès. Comment mieux traduire la quête du patient douloureux ? Comment mieux traduire le bonheur du thérapeute dont le patient a trouvé le chemin de liberté ?

La revue Big Bang Therapy se propose de participer à l’origine et à l’évolution de ce nouvel univers que nous découvrirons ensemble, et c’est enthousiasmant.

Joindre savoir et humilité, recherche et traditions, expériences et éthique, connaissance et humanité est une nouvelle voie que nous allons explorer ensemble.

Car l’itinéraire ne fait pas le chemin, et dans cette aventure, c’est par le partage de nos savoirs, de nos échecs et de nos succès que nous pourrons progresser et diffuser nos idées.

Explorateurs intrépides et exigeants, votre participation et nos échanges seront donc les bienvenus !

Dr Isabelle Nègre, anesthésiste réanimateur, spécialiste de la douleur et chef de service du centre d’évaluation et de traitement de la douleur du CHU de Bicêtre – Hôpitaux universitaires Paris-Sud. 

July 08, 2017

Intégration des Pratiques PsychoCorporelles dans une équipe douleur et en anesthésie, rôle du médecin responsable.

Dr Isabelle Nègre

Comme le lecteur a pu s’en rendre compte en parcourant les chapitres de cette revue, les PPC ont des avantages considérables tant pour le patient que pour le soignant ...

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